Bilan 2019-2026 : ce que le UC-FLNKS ne dit pas

Le groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie a présenté son bilan de mandature 2019-2026. Dans un discours solennel, Pierre-Chanel Tutugoro, qui n’a pas souhaité briguer un nouveau mandat de maire à Ponérihouen, assume une ligne politique constante : celle de la souveraineté et d’un cap maintenu malgré les crises. Mais derrière les mots soigneusement choisis, une autre lecture s’impose, plus rugueuse, plus ancrée dans les faits.
“Unifier la société calédonienne” : une promesse contredite par les fractures
Le bilan revendique un objectif ambitieux : “unifier la société calédonienne”. Une formule forte, qui s’inscrit dans la continuité de l’Accord de Nouméa et de la notion de destin commun.
Mais cette ambition se heurte à une réalité politique incontestable. Depuis plusieurs années, le refus d’ouvrir le corps électoral à des milliers de Calédoniens installés durablement sur le territoire constitue un blocage majeur. Cette position, assumée par le groupe UC-FLNKS, entretient une fracture démocratique profonde.
Comment parler d’unité lorsque des citoyens, présents depuis des décennies, restent exclus du processus électoral local ? Comment construire un destin commun en maintenant une exclusion structurelle du processus démocratique.
Dans son discours, Pierre-Chanel Tutugoro évoque une succession de crises ayant “érodé la société calédonienne”. Il pointe également des blocages institutionnels et une défiance vis-à-vis de l’État. Mais ces éléments, bien réels, ne sauraient masquer les choix politiques internes qui ont contribué à figer les tensions.
L’unité ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle suppose d’inclure, pas d’exclure.
“Assurer durablement le bien-vivre” : l’épreuve des émeutes et des blocages
Autre pilier du bilan : “assurer durablement le bien-vivre des Calédoniens”. Là encore, l’intention affichée contraste avec la réalité vécue, notamment depuis les événements du 13 mai 2024.
Ces émeutes ont provoqué des destructions massives, des blocages prolongés et une paralysie économique sans précédent récent. Des centaines de milliards de francs CFP de dégâts ont été constatés. Des entreprises ont été détruites, des emplois perdus, des familles fragilisées.
Pendant plusieurs semaines, des barrages ont entravé la circulation. Des situations critiques ont été rapportées, notamment pour des patients nécessitant des soins urgents ou des évacuations sanitaires. Dans certains cas, l’accès aux structures hospitalières a été rendu extrêmement difficile.
Ces faits sont documentés et ont marqué durablement la société calédonienne. Ces évènements interrogent directement la capacité des responsables politiques à garantir la sécurité, la continuité des services essentiels et la cohésion sociale.
Dans ce contexte, la notion de “bien-vivre” apparaît fragilisée. Elle ne peut se limiter à un objectif affiché. Elle suppose des conditions concrètes : sécurité, stabilité, accès aux soins, fonctionnement économique.
Un bilan politique fragilisé : divisions, revers et dépendance accrue
Au-delà des slogans, le mandat 2019-2026 laisse apparaître des fragilités institutionnelles importantes. Le groupe UC-FLNKS a perdu la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, marquant un recul institutionnel significatif.
Des tensions internes ont également émergé, notamment autour de la gouvernance de la province des Îles Loyauté. Dans un contexte économique difficile pour les habitants, ces rivalités politiques ont alimenté les critiques sur les priorités des responsables locaux.
La situation financière de la province est aujourd’hui largement questionnée. Des choix d’investissements contestés et des projets jugés inadaptés aux réalités locales ont nourri le débat public.
Sur le plan économique, la crise du transport aérien domestique illustre également les limites de certaines gestions passées. Les perturbations actuelles sur les liaisons vers les Îles Loyauté pénalisent directement les populations concernées.
Les dernières élections municipales ont confirmé cette fragilisation politique, avec la perte du contrôle de plusieurs communes importantes. Un signal démocratique clair envoyé par les électeurs.
Enfin, une contradiction majeure traverse l’ensemble du discours indépendantiste. Alors que la souveraineté est présentée comme un horizon incontournable, la Nouvelle-Calédonie dépend plus que jamais des aides financières de l’État depuis les crises de 2024.
Le territoire n’a jamais été aussi dépendant de la solidarité nationale au moment même où certains en contestent le principe.
Le bilan présenté par le groupe UC-FLNKS repose sur une cohérence idéologique.
Mais la réalité du terrain impose une autre lecture.
Entre promesses d’unité et divisions persistantes, entre bien-vivre affiché et crises vécues, le décalage est désormais manifeste.

