Hôpital de Poindimié : réouverture sous tension dans le Nord

Un retour progressif, presque prudent. Depuis le lundi 4 mai 2026, le Centre hospitalier du Nord a relancé une partie de l’activité de l’hôpital Raymond Doui Nebayes à Poindimié. Quatorze lits de soins de suite polyvalents sont désormais à nouveau disponibles, avec une montée en charge progressive, encadrée et assumée.
Une reprise encadrée pour soulager un système saturé
Cette réouverture, loin d’être anodine, intervient dans un contexte tendu. En juillet 2024, faute de médecins, l’établissement avait été contraint de réduire fortement son activité. Les urgences avaient même été fermées la nuit et les week-ends, obligeant les habitants de toute la côte Est à se tourner vers Koné.
Aujourd’hui, le retour de ces lits marque une étape importante. Mais personne ne s’y trompe : le système reste sous pression, et chaque avancée semble fragile.
Sur le terrain, l’objectif est clair : désengorger l’hôpital de Koné, aujourd’hui saturé. Le taux d’occupation y oscille entre 95 % et 100 %, un niveau critique qui limite la capacité à absorber les urgences.
La stratégie mise en place repose sur une logique simple : transférer les patients stabilisés vers Poindimié afin de libérer des lits pour les cas aigus. Les nouveaux lits sont destinés à des patients en moyen séjour, nécessitant un suivi médical, des soins de pansement ou de la rééducation.
Comme le souligne la direction du CHN, un tiers des patients hospitalisés relève aujourd’hui de ce type de prise en charge. Une réalité qui impose une meilleure répartition des ressources dans un territoire où chaque lit compte.
Sur place, une équipe dédiée a été constituée. Un cadre de santé, six infirmières dont plusieurs récemment recrutées, un médecin et un kinésithérapeute assurent le fonctionnement quotidien. Une organisation minimale, mais structurée, pensée pour garantir une continuité des soins.
Des soins maintenus… mais des urgences toujours délocalisées
Malgré cette reprise, les limites du dispositif restent évidentes. Les consultations médicales et les soins infirmiers externes sont bien maintenus aux horaires habituels, avec un numéro dédié pour les patients. Mais pour les urgences, rien ne change.
Les consignes sont strictes : appeler le 15 ou se rendre directement à Koné. Une situation qui continue de peser lourdement sur les habitants de Poindimié, Ponérihouen, Touho ou Hienghène.
Cette organisation révèle une réalité brutale : le maillage sanitaire du territoire reste déséquilibré. L’absence de service d’urgence pleinement opérationnel sur la côte Est impose des déplacements longs et parfois risqués.
Dans un territoire aussi vaste que la Nouvelle-Calédonie, cette dépendance à un pôle unique pose question. Elle met en lumière les limites d’un système qui, malgré les efforts, peine à garantir une égalité d’accès aux soins.
Le désert médical, un obstacle toujours majeur
Derrière cette réouverture se cache une difficulté structurelle : le manque criant de personnel médical. Les tentatives de recrutement se multiplient, mais les candidatures ne suivent pas.
Médecins urgentistes, infirmiers, spécialistes… les postes restent vacants, freinant toute montée en puissance réelle du dispositif. La fameuse « montée en charge progressive » évoquée par le CHN apparaît ainsi davantage comme une contrainte que comme une stratégie choisie.
Sur le terrain, le constat est sans appel. L’incapacité à répondre immédiatement à certaines urgences pèse humainement sur les équipes. Les soignants, engagés, doivent composer avec des moyens limités et une demande croissante.
Pour autant, cette réouverture a aussi permis à certains professionnels de revenir travailler sur la côte Est. Un soulagement pour ces personnels attachés à leur territoire, souvent contraints de s’en éloigner après la fermeture partielle des services.
Mais au-delà de cette dynamique, une évidence s’impose : le système hospitalier du Nord reste fragile. Entre désert médical, tension des services et dépendance logistique, la réouverture de Poindimié apparaît comme une avancée… mais encore loin d’être une solution durable.
Dans ce contexte, une question demeure : jusqu’où le territoire pourra-t-il tenir sans réponse structurelle au manque de soignants ?

(Crédit photo : centre hospitalier du Nord-Nouvelle-Calédonie)

