Sophia Chikirou jugée pour escroquerie : comment la web TV de Mélenchon a viré à la crise

La députée LFI Sophia Chikirou comparaît mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, soupçonnée d’avoir tenté de transférer plus de 67 000 euros depuis les comptes de la web télévision vers sa société personnelle, Mediascop. Des faits qu’elle conteste fermement.
Audrey Senecal 11/05/2026

Sophia Chikirou. SIPA / © Chang Martin
Si Jean-Luc Mélenchon ne jure ces derniers mois que par les « nouveaux médias », la web télé citoyenne qu’il a imaginée en 2017 embarrasse aujourd’hui son mouvement. Huit ans après le lancement du Média, l’une de ses figures fondatrices, la députée LFI Sophia Chikirou, comparaît ce mardi devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « escroquerie ». L’élue parisienne est soupçonnée d’avoir tenté, à l’été 2018, de faire virer plus de 67 000 euros des comptes du Média vers Mediascop, sa société de conseil en communication, alors même qu’elle ne dirigeait plus la structure. Elle devra également répondre de la « soustraction frauduleuse de deux formules de chèque » appartenant à la société de production de la web télévision.
Le parquet de Paris lui reproche, explique Le Monde, d’avoir « tenté à plusieurs reprises de tromper la banque Crédit du Nord au préjudice in fine de la société de production Le Média ». Selon l’accusation, Sophia Chikirou se serait présentée comme présidente de la structure alors qu’elle « n’avait plus cette qualité », afin d’obtenir un virement de 67 146 euros au bénéfice de Mediascop. L’opération n’aurait finalement pas abouti, faute de trésorerie suffisante sur le compte bancaire du Média. Le chargé de clientèle se serait également « méfié » des « circonstances particulières de l’opération », tandis que la nouvelle présidente de la société avait fait opposition.
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La députée insoumise conteste fermement les faits. Dans une déclaration à l’AFP, Sophia Chikirou a dénoncé « un procès incompréhensible », estimant qu’il n’existe « ni victime, ni préjudice, ni même de réalité frauduleuse établie ». « L’audience permettra de démontrer sereinement qu’il n’y a eu ni vol de chèque, ni tentative d’escroquerie à la banque », a-t-elle ajouté.
Des fausses factures ?
Cette affaire renvoie à une séquence particulièrement agitée de l’histoire du Média. Lancée en janvier 2018 par Sophia Chikirou, Gérard Miller – depuis mis en examen pour viols et agressions sexuelles –, et Henri Poulain dans le sillage de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, la web télévision ambitionnait alors de devenir un média alternatif, financé hors des « grandes puissances industrielles ». À cette époque, la chaîne diffusait un journal quotidien incarné par Aude Rossigneux et revendiquait une ligne éditoriale clairement ancrée à gauche.
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Mais quelques mois seulement après sa création, le projet traverse une crise profonde. Les audiences stagnent, les finances se dégradent et plusieurs membres de la rédaction dénoncent les méthodes de management de Sophia Chikirou. L’ancienne communicante de Jean-Luc Mélenchon démissionne de l’Entreprise de presse Le Média le 4 juillet 2018, avant d’être officiellement écartée de la société de production le 24 juillet. Le 13 juillet 2018, Mediascop adresse au Média une facture de 67 146 euros correspondant à des prestations de communication. La nouvelle direction conteste alors la réalité de cette créance et refuse son règlement.
Si les deux sociétés ont depuis trouvé un accord, la procédure pénale se poursuit. Au grand dam de Sophia Chikirou qui dénonçait au mois de janvier auprès de l’AFP « une affaire éminemment politique » destinée, selon elle, à « salir et gêner » sa candidature pour la mairie de Paris. Cette comparution intervient alors que l’élue fait déjà l’objet d’une autre procédure judiciaire. Depuis 2024, elle est mise en examen pour « escroquerie aggravée » dans le dossier des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017. La justice soupçonne Mediascop d’avoir surfacturé certaines prestations au détriment de l’État, les dépenses électorales étant remboursées au titre du financement public de la vie politique. Des accusations qu’elle conteste également.

