Corps électoral : les natifs enfin reconnus ? Le Congrès dit oui

La tension était palpable, les positions tranchées. En toile de fond, une question explosive : qui a le droit de décider de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ?
Après cinq heures de débats intenses, les élus du Congrès ont tranché. Et le signal envoyé à Paris est clair.
Un vote décisif après des heures de tensions
Ce lundi 18 mai, après plus de cinq heures de discussions souvent houleuses et révélatrices des fractures politiques locales, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a rendu un avis favorable au projet de loi organique porté par le sénateur Georges Naturel.
Le texte vise à intégrer au corps électoral provincial 10 575 natifs, nés sur le territoire, mais aujourd’hui exclus des élections provinciales.
Le résultat du vote est sans appel : 25 voix pour, 14 contre et 13 abstentions.
Dans le détail, les voix favorables proviennent notamment de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), du Rassemblement et d’élus hors groupes. En face, le bloc UC-FLNKS et Nationalistes se sont opposés frontalement à cette évolution. Quant aux Loyalistes, leur abstention stratégique n’est pas passée inaperçue.
Cet avis a été immédiatement transmis aux parlementaires nationaux, chaque groupe politique y joignant ses propres arguments, preuve que le combat se poursuit désormais à Paris.
Dans l’hémicycle, certains ont dénoncé une situation jugée absurde depuis des années. Virginie Ruffenach l’a résumé d’une formule choc :
Quel pays au monde empêche ses propres enfants de choisir ses représentants locaux ?
Même ligne chez Philippe Dunoyer, qui appelle à « faire l’évident » pour ces Calédoniens qui « vivent ici, travaillent ici » et restent pourtant exclus du vote provincial.
Une fracture politique toujours aussi profonde
Derrière ce vote favorable se cache en réalité une fracture politique persistante et structurante.
Car si une majorité s’accorde désormais sur la nécessité d’intégrer les natifs, les désaccords explosent dès que l’on aborde la suite.
Les Loyalistes et le Rassemblement veulent aller plus loin, en ouvrant la réflexion à l’intégration des conjoints de citoyens calédoniens. Une piste évoquée par le gouvernement de Sébastien Lecornu, qui pourrait déposer un amendement en ce sens au Parlement.
Mais cette perspective est loin de faire consensus.
Virginie Ruffenach alerte sur une situation socialement intenable, où des enfants pourraient voter sans que leurs propres parents ne le puissent. Une incohérence qui, selon elle, risque d’aggraver les tensions dans la société calédonienne.
Gil Brial, pour les Loyalistes, assume une position intermédiaire : oui pour les natifs, mais insuffisant en l’état actuel. D’où une abstention qui se veut un levier de pression sur l’État.
Du côté indépendantiste, les positions divergent également. L’UNI soutient le texte, mais appelle à une approche progressive et maîtrisée, dans une logique de dialogue politique.
Jean-Pierre Djaïwé insiste : ces natifs doivent pouvoir voter, mais la question des conjoints doit être traitée dans un cadre global et négocié.
Le refus ferme du bloc indépendantiste UC-FLNKS
En revanche, aucune ambiguïté du côté de l’UC-FLNKS et Nationalistes. Le rejet est net, assumé et cohérent avec leur ligne politique.
Pierre-Chanel Tutugoro résume la position en une formule lapidaire :
Non, pas maintenant.
Pour ce courant, toucher au corps électoral reste une ligne rouge. Il est considéré comme un pilier central du processus de décolonisation issu de l’accord de Nouméa.
Modifier ses règles à quelques semaines des élections provinciales est perçu comme une remise en cause brutale des équilibres politiques construits depuis 1998.
Les débats ont également mis en lumière des problèmes techniques, notamment autour de la notion floue de « tableau annexe ». Une ambiguïté reconnue par l’État, qui devrait être corrigée par un amendement au Sénat.
Par ailleurs, un amendement porté par Milakulo Tukumuli a été adopté pour faciliter la réinscription d’électeurs radiés depuis 2018, preuve que les enjeux démocratiques dépassent largement le seul cas des natifs.
En revanche, la demande de rétablissement de bureaux de vote supprimés après les émeutes de 2024 a été rejetée.
Désormais, le calendrier s’accélère. Le Sénat a examiné le texte dans la foulée et les sénateurs ont approuvé la proposition de loi par 304 voix. C’est maintenant à l’Assemblée nationale d’examiner ce texte, prévu pour le mercredi 20 mai.
Une chose est certaine : le débat sur le corps électoral est loin d’être clos. Et derrière la question des natifs, c’est bien celle de l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie qui se joue.

