"Pour un oui ou pour un non" : quand une phrase anodine fait exploser une amitié

Deux hommes. Une remarque. Une dispute qui dure une heure. Et une vérité qui dérange : on peut perdre un ami pour un mot dit d'une certaine façon.
C'est le pari de Nathalie Sarraute, autrice franco-russe qui a écrit cette pièce en 1980, à plus de 80 ans. Un texte bref, dense, radical devenu depuis un classique du théâtre contemporain.
Un week-end au Théâtre de l'île, deux compagnies calédoniennes s'en emparent.
Les Cies de L'Archipel et Nez à Nez unissent leurs forces pour monter cette création collective. Sur scène, deux comédiens bien connus du public local : André Luserga et Dominique Jean. À la mise en scène, Nathalie Doussy, cofondatrice de la Compagnie Art'Scénic, qui signe là son retour pleinement assumé à la direction artistique.
Le tango comme arme dramaturgique
Le parti pris est fort. Nathalie Doussy inscrit le texte de Sarraute dans l'univers du tango argentin non comme décor folklorique, mais comme structure de jeu. Un pas en avant, un pas en arrière. Une domination qui se négocie. Une tendresse qui peut à tout moment virer en blessure.
La scénographie représente une salle de tango. Au centre : un cercle rouge tracé au sol, à la fois ring et piste de danse. Les personnages secondaires H3 et F deviennent des danseurs-témoins, convoqués depuis les bords du plateau.
Et le public ? Il sera installé directement sur scène, sur des gradins montés sur le plateau du Théâtre de l'île. Pas de distance confortable. On entend la respiration. On reçoit les silences. On est dedans.
Ce que cette pièce dit de nous
Sarraute ne parle pas de grande politique ni de catastrophe. Elle parle de la phrase qui passe mal. Du "c'est bien... ça !" dit avec un certain suspens, un certain étirement et qui suffit à faire s'effondrer des années d'amitié.
Ce que la pièce ausculte, c'est le langage comme champ de bataille ordinaire. Les non-dits. Les intonations. La façon dont chaque mot porte infiniment plus que ce qu'il dit. Et comment deux êtres qui se connaissent trop bien peuvent se blesser avec une précision chirurgicale.
La mise en scène de Doussy ajoute une couche supplémentaire : elle laisse ouverte la question de ce qui lie vraiment H1 et H2. Amitié profonde ? Amour manqué ? La frontière s'efface. Les comédiens habitent cette ambiguïté sans la résoudre.
1 heure. 4 représentations. À partir de 14 ans.
Les représentations ont lieu les samedi 6 et dimanche 7 juin, à 14h et 18h. Tarif plein : 3 000 XPF. Tarif réduit (moins de 22 ans) : 1 600 XPF. Billets disponibles sur tickets.nc.
Une pièce courte, mais qui risque de rester longtemps dans la tête. Parce qu'on en est tous sortis un jour, de ce genre de dispute. Et qu'on n'a jamais vraiment su pourquoi.

