Deux policiers lynchés après une soirée kanak à Paris : quatre militaires devant la justice

Huit hommes, dont quatre militaires français, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris pour des violences aggravées contre deux policiers en civil.
L’affaire, survenue après une soirée de la communauté kanak dans le quartier de la Villette, relance les interrogations autour des débordements liés à l’alcool et du comportement de certains militaires impliqués dans cette violente agression.
Une agression d’une rare violence après une soirée très alcoolisée
Les faits remontent au 2 novembre 2025, au petit matin. Deux policiers en civil effectuent leur jogging habituel dans le quartier de la Villette à Paris lorsqu’ils croisent un groupe d’une quinzaine de jeunes fortement alcoolisés sortant du club Movida, où se tenait un rassemblement de la communauté kanak.
Très rapidement, la situation dégénère. Les deux hommes sont violemment pris à partie. Selon les témoignages à l’audience, l’un des policiers reçoit des coups alors qu’il est au sol, tandis qu’un autre individu lui saute à pieds joints sur le visage. Une balayette provoque également une fracture du péroné chez l’une des victimes.
« On a pris une pluie de violence », a résumé l’un des policiers agressés à la barre.
Une femme qui tente de s’interposer finit avec le bras cassé. Un troisième joggeur venu porter secours est lui aussi roué de coups.
Quatre militaires parmi les prévenus
Ce qui choque particulièrement le tribunal, c’est la présence de quatre militaires parmi les huit prévenus, certains ayant participé à des opérations sensibles comme Sentinelle ou servi à l’étranger.
La présidente du tribunal a rappelé avec fermeté les responsabilités liées à l’uniforme militaire :
« Vous êtes le bras armé de l’État. Cela vous donne des obligations. »
Le procureur s’est lui aussi dit « indigné » par le comportement de militaires français impliqués dans un tel passage à tabac.
L’un des prévenus, Iwan T., un jeune militaire calédonien de 22 ans, est le seul à avoir reconnu une participation directe au lynchage. Il explique que l’incident aurait commencé après un contact physique avec l’un des joggeurs pendant la course.
Des prévenus ivres mais des responsabilités engagées
L’enquête a révélé des niveaux d’alcool particulièrement élevés chez plusieurs participants. Certains étaient tellement ivres qu’ils n’ont pu être entendus immédiatement après leur interpellation.
Pourtant, à l’audience, la majorité des prévenus ont nié avoir porté des coups, affirmant n’avoir « rien vu » ou être simplement intervenus pour « calmer les frères ».
Le parquet n’a pas été convaincu par ces versions et a requis des peines allant jusqu’à douze mois de prison, dont une partie ferme pour certains prévenus.
Une affaire suivie de près en Nouvelle-Calédonie
L’affaire suscite également des réactions en Nouvelle-Calédonie en raison de la présence de plusieurs jeunes Kanak parmi les prévenus et du lien avec une soirée communautaire organisée à Paris. La Dépêche de Nouméa avait déjà évoqué cette affaire après les premières interpellations.
Le jugement sera rendu le 18 juin prochain.

