Je me réveille et la démocratie se joue à une voix près

Je me suis réveillé samedi.
J’ai pris mon téléphone.
Je n’aurais pas dû.
On m’a dit : 10 575 natifs vont être inscrits.
Automatiquement.
Comme ça.
J’ai dit : ok. C’est logique.
Puis on m’a dit : les conjoints, non.
Même après cinq ans de vie commune.
Même en bossant ici.
Même en payant ici.
J’ai dit… ah.
Un amendement est passé.
Puis il est tombé.
À une voix près.
Une.
La voix qui change tout.
864 contre.
163 pour.
Et là, j’ai compris :
même le camp gouvernemental n’était pas d’accord avec lui-même.
MoDem contre.
Horizons contre.
La gauche contre.
Tout le monde contre.
Sauf… pas assez de monde pour.
L’association a dit merci pour les natifs.
Puis elle a dit « honte ».
Puis elle a dit « infamie ».
Puis elle a dit : on va attaquer.
Le décret.
Les élections.
Et même jusqu’à l’Europe.
Pas pour gagner.
Pour montrer.
On parle de 40 000 personnes exclues.
J’ai essayé d’imaginer.
J’ai abandonné.
Pendant ce temps-là…
Les aérodromes des Loyauté sont bloqués.
Jusqu’au 28 juin.
Parce que Magenta ou Tontouta.
Parce que décisions imposées.
Parce que personne n’est d’accord.
Encore.
Dans une salle à Boulari…
1 500 personnes cherchent du travail.
Avec des CV.
Des sourires.
Et un peu de désespoir bien rangé.
À la prison…
Un surveillant se fait planter au cou.
Avec un stylo.
Et les collègues disent stop.
Et l’État dit… rien.
Enfin, pas encore.
Des policiers municipaux sortent de formation.
14 semaines.
Du droit.
Du stress.
Du terrain.
On leur dit bravo.
Mais surtout : bonne chance.
Dans les provinces…
On parle de dettes.
De milliards.
De plans de redressement.
De subventions.
Toujours des chiffres.
Jamais assez d’argent.
Les aérodromes bloqués.
Les prisons sous tension.
Les votes qui divisent.
Les gens qui attendent.
Et moi…
je voulais juste comprendre.
J’ai juste compris un truc :
ici, tout le monde vit ensemble…
mais pas forcément avec les mêmes droits.
Bref.

