Air Calédonie : vols annulés, avoirs imposés, passagers abandonnés

Un habitant de Nouméa en conflit ouvert avec la compagnie après deux annulations successives et un refus de remboursement intégral. La mécanique révèle une pratique que beaucoup reconnaîtront.
Theo n'avait pas prévu de se retrouver à citer le Code civil et le Code pénal dans un échange avec le service clientèle d'Air Calédonie. C'est pourtant là où l'ont conduit deux annulations de vol successives, un avoir refusé, et une compagnie qui lui oppose ses propres conditions générales pour ne pas le rembourser.
Les faits sont simples. Son vol est annulé une première fois le 20 février 2026, en raison d'un mouvement des usagers sur les îles Loyautés. Il accepte un avoir, ce qu'on appelle un EMD. Son vol est reconfirmé. Puis annulé une seconde fois, pour la même cause. Air Calédonie lui propose alors, à nouveau, un avoir ou un remboursement partiel. Très partiel : pour un billet PROMO, seules les taxes aéroportuaires sont restituées en numéraire, soit 4 916 XPF sur les 14 990 XPF du billet.
La force majeure invoquée deux fois pour le même événement
C'est là que le dossier devient inconfortable pour la compagnie. Theo soulève un point juridique qui tient la route : si le mouvement sur les Loyautés avait déjà provoqué une première annulation le 20 février, Air Calédonie connaissait la perturbation lorsqu'elle a reconfirmé son transport. En droit, on ne peut pas invoquer la force majeure pour un événement qu'on connaissait avant de prendre un nouvel engagement. C'est un principe solidement établi en jurisprudence française.
La compagnie ne répond pas sur ce point. Elle confirme que les annulations sont dues à « une cause externe », et maintient ses positions.
Un avoir sur une compagnie en crise : une fiction de remboursement
L'argument le plus difficile à esquiver est ailleurs. Dans ses propres courriers, Air Calédonie reconnaît traverser « une crise financière majeure » au point de rallonger les délais de remboursement des avoirs déjà émis. Et dans le même souffle, elle propose à Theo d'accepter un second avoir, valable un an, sur des liaisons qu'elle est manifestement incapable d'assurer de manière fiable.
La question posée par le passager est directe : dans quel délai réaliste pourra-t-il utiliser ces avoirs ? La réponse de la compagnie est l'absence de réponse.
Accumuler des avoirs sur une compagnie en difficulté financière, dont les vols s'annulent à répétition, c'est concrètement assumer un risque financier qui n'est pas celui du passager. Theo le dit sans détour dans sa mise en demeure : il refuse d'être le créancier non garanti d'une entreprise en crise.
Des clauses contractuelles qui jouent contre l'assuré
Sur le fond du droit, la position d'Air Calédonie est fragile. La clause « billet PROMO non remboursable » est opposable quand c'est le passager qui annule. Elle ne l'est pas quand c'est la compagnie qui n'exécute pas sa prestation. L'article 1217 du Code civil est explicite : la partie victime d'une inexécution a droit à la restitution des sommes versées. Cette règle d'ordre public prime sur toute clause contractuelle contraire.
Theo va plus loin encore : continuer à vendre des billets sur des liaisons dont on sait qu'elles présentent un risque sérieux d'annulation, sans en informer l'acheteur, peut relever de la pratique commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation. Il a adressé un signalement en ce sens à la Direction des affaires économiques de Nouvelle-Calédonie.
Ce que ce dossier dit d'Air Calédonie aujourd'hui
Au-delà du cas Théo, l'échange illustre une réalité que beaucoup de Calédoniens ont vécue ces derniers mois : une compagnie en difficulté structurelle, dont les liaisons intérieures, artères vitales pour les îles sont soumises à des aléas répétés, et dont la politique de remboursement repose sur des mécanismes qui protègent d'abord la trésorerie de l'entreprise.
Le passager, lui, se retrouve avec deux choix : un remboursement partiel immédiat, ou un avoir sur une compagnie dont l'avenir à moyen terme est incertain. Ce n'est pas un choix. C'est une impasse.
Theo a indiqué qu'en l'absence de réponse favorable, il saisira le Tribunal de première instance de Nouméa. La rédaction a pris connaissance de l'intégralité des échanges. Nous sollicitons Air Calédonie pour un droit de réponse.

