Je me réveille… et les cagous passent avant la politique

Je me suis réveillé dimanche matin.
J’ai ouvert les infos.
J’ai vu des cagous.
Des champignons.
Des kaoris.
Des gens heureux dans une forêt.
Et franchement, ça m’a presque inquiété.
On célébrait la Journée mondiale de la biodiversité en retard.
En Nouvelle-Calédonie, on a décidé de célébrer ça à Farino.
Au milieu de 4 500 hectares de nature.
Avec des stands.
Des artisans.
Des gens qui expliquaient que les champignons, ce ne sont ni des plantes ni des animaux.
Juste un truc compliqué.
Comme la politique locale.
J’ai appris qu’il y avait des champignons sous mes pieds.
Des centaines.
Des milliers.
Et qu’ils sauvaient les arbres.
Moi, je pensais déjà avoir du mal à sauver mon ficus.
Il y avait aussi un sculpteur.
Il travaillait du Hulup sacré vieux de soixante ans.
Les enfants sculptaient dessus pour apprendre à aimer la nature.
Pendant que d’autres adultes bétonnent des lotissements avec vue sur mangrove.
Le parc est resté ouvert jusqu’à 22 heures.
Pour observer les cagous.
Le seul oiseau du pays qui marche plus qu’il ne vole.
Un peu comme l’économie.
Après ça, direction Koumac.
La Fête de la génisse à la broche.
Deux mille personnes.
600 barquettes.
Des chevaux.
De la viande locale.
Personne qui se dispute.
Apparemment, ça existe encore.
Le RSMA fêtait aussi ses 40 ans.
Course relais.
Pétanque.
Recrutement.
Concert.
Bingo le lendemain.
À un moment, j’ai eu l’impression qu’on mélangeait armée, colonie de vacances et fête communale.
Mais tout le monde avait l’air content.
Alors bon.
À Nouville, les gens cherchaient des cadeaux pour la fête des Mères.
Des savons.
Des bijoux.
Des bougies artisanales.
Des phrases comme : « Faut soutenir le local. »
Avec, derrière, un sac rempli de produits Temu.
Pendant ce temps-là, à Bruxelles, la Nouvelle-Calédonie essayait de vendre son nickel stratégique à l’Europe.
Transition énergétique.
Souveraineté industrielle.
Chaînes de valeur durables.
Des mots très longs pour dire :
« On a du nickel.
Et on aimerait éviter de couler avec. »
En métropole, Gabriel Attal veut devenir président.
Édouard Philippe aussi.
Ils étaient Premiers ministres hier.
Ils veulent être présidents demain.
À ce rythme-là, même mon ancien surveillant de lycée va annoncer sa candidature.
Et pendant qu’ils parlent de grandeur nationale,
l’Élysée se fait perquisitionner.
Encore une histoire de marchés publics.
Deux millions d’euros la cérémonie au Panthéon.
Visiblement, même les hommages ont un budget blockbuster.
Après, les chiffres sont tombés.
290 000 mineurs victimes de violences en un an.
Là, l’ambiance a changé d’un coup.
Moins de cagous.
Plus de vertige.
Mais heureusement, il restait le sport.
Du rallye à Bourail.
Du BMX à Tina.
Du trail à Dumbéa.
Du rugby européen à minuit quarante-cinq.
De la F1 à trois heures du matin.
Parce qu’en Nouvelle-Calédonie, dormir est devenu une option.
Et moi, dimanche matin,
j’étais là.
À boire mon café.
À regarder un territoire parler de nature, de nickel, de foi, de viande grillée, d’IA, de violence, de sport et de souveraineté européenne dans le même journal.
J’ai réalisé qu’ici, même les infos ressemblent à un buffet à volonté.
Bref.
(Crédit photo : Parc Provincial des Grandes Fougères)

