FLNKS : recyclage politique dans le clan Wamytan ?

La scène politique calédonienne offre une nouvelle illustration de ses tensions internes à l’approche des élections provinciales du 28 juin. Dans la province Sud, bastion stratégique, le FLNKS tente une offensive sous bannière d’unité. Mais derrière les discours rassembleurs, des rivalités politiques, familiales et claniques persistent. Le choix de Johanito Wamytan comme tête de liste illustre cette recomposition, où un Wamytan semble désormais en remplacer un autre, dans une mécanique politique verrouillée depuis des années par le "clan du Mont-Dore version UC".
Une “liste unitaire” marquée par des divisions persistantes
Présentée au pied du Mwa Kaa après un geste coutumier, la liste baptisée « Kanaky pour tous » se veut le symbole d’un rassemblement du camp indépendantiste. Cette unité affichée masque toutefois des divergences internes. L’absence du PALIKA et du MNIS, acteurs importants de la mouvance indépendantiste, en souligne les limites.
Conduite par Johanito Wamytan, actuel directeur de cabinet du groupe UC-FLNKS au Congrès, cette liste réunit des figures connues comme Dominique Fochi ou Marie-Pierre Goyetche, mais aussi des profils plus récents. En deuxième position figure Oriane Trolue, du Mouvement des Océaniens indépendantistes, suivie de représentants issus de différents horizons politiques et associatifs.
Malgré les appels au rassemblement, le FLNKS peine à reconstruire une unité complète depuis l’éclatement de l’Union nationale pour l’indépendance en 2024. Cette fragmentation peut affecter la lisibilité de l’offre politique portée par cette liste.
Un candidat au parcours controversé
Le choix de Johanito Wamytan suscite des interrogations. Peu connu pour une expérience électorale importante, il est également associé à la gestion de la Case des artistes. L’ancien directeur de cette structure, financée en partie par des fonds publics, a été sanctionné par la Chambre territoriale des comptes pour des irrégularités de gestion.
Parmi les éléments relevés : défaut de production des comptes, dépenses engagées sans habilitation et irrégularités financières. Une amende de 360 000 francs a été prononcée, et la structure a été liquidée en 2022.
Dans ce contexte, certains observateurs s’interrogent sur les critères ayant conduit à sa désignation. La question de l’exigence en matière de responsabilité publique se trouve ainsi posée.
Une stratégie politique axée sur la province Sud
Malgré ces fragilités, la liste « Kanaky pour tous » affiche l’ambition de s’imposer dans la province Sud. Le programme met en avant des thématiques telles que la vie chère, l’emploi des jeunes ou encore les questions sociales.
Ces propositions s’inscrivent dans un projet politique plus large, incluant la question de l’évolution institutionnelle du territoire. Les élections provinciales constituent, dans cette perspective, un enjeu stratégique pour le camp indépendantiste.
Le slogan « Un pays, un peuple, un avenir commun » vise à fédérer au-delà des clivages. Toutefois, le contexte reste marqué par des tensions récentes, notamment après les événements de 2024.
Les résultats de 2019 rappellent les difficultés rencontrées dans la province Sud : avec 11 269 voix et 7 sièges, la liste FLNKS n’avait pas modifié l’équilibre politique local.
À quelques semaines du scrutin, plusieurs incertitudes demeurent. Entre divisions internes, choix stratégiques et contexte politique tendu, l’issue de cette tentative de conquête reste ouverte.
(Crédit photo : Musée de Nouvelle-Calédonie)

