Défense : l'Australie ne recevra aucun sous-marin américain neuf dans le cadre de l'accord Aukus

Le ministre australien de la Défense a indiqué ce dimanche que Canberra recevrait trois sous-marins américains d'occasion dans le cadre du partenariat Aukus. Ce dernier a été signé à la place d'un contrat avec Naval Group, qui proposait 12 sous-marins français neufs à la marine australienne.
Gautier Cruchaudet 01/06/2026

L'Australie recevra trois sous-marins américains de la classe Virginia, déjà en service. AFP / © Joseph Prezioso
Dans l’urgence du renouvellement de sa force sous-marine, l’Australie est-elle prête à avaler les couleuvres américaines ? Le ministre australien de la Défense Richard Marles a indiqué ce dimanche que Canberra ne recevrait que des sous-marins déjà en service de la part Washington, au lieu d’un appareil neuf et deux d’occasion.
« Dans le contexte d’un projet très complexe, nous devons accorder une importance primordiale à la simplicité », a poursuivi Richard Marles, en marge d’une réunion des trois pays membres du partenariat de sécurité Aukus – Australie, Royaume-Uni, États-Unis – au Dialogue de Shangri-La à Singapour, qui réunit des experts et des responsables de la défense d’une quarantaine de pays.
Trois sous-marins livrés sur 15 ans
L’armée australienne recevra donc trois engins de classe Virginia. Ce samedi, la Défense australienne avait justifié la « simplicité » d’une telle approche pour faciliter l’emploi des appareils par les sous-mariniers australiens. « Le vice-Premier ministre et les secrétaires ont salué l’approche proposée visant à rationaliser l’acquisition par l’Australie de sous-marins de classe Virginia (VCS), en simplifiant la gestion de la chaîne d’approvisionnement et les exigences opérationnelles et de maintenance, et en optimisant les coûts. Cette approche permettrait à l’Australie d’acquérir trois VCS en service au lieu d’un mélange de VCS neufs et en service ».
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Cette annonce sonne cependant comme un nouveau camouflet pour Canberra, qui voit sa perspective de renouvellement complet de sa flotte s’éloigner depuis sa rupture avec la France en 2021. En 2016, Canberra et Paris avaient signé un contrat de 56 milliards d’euros pour l’achat de 12 appareils de la classe Attack, fabriqués par Naval Group. La marine australienne ne dispose en effet que de six sous-marins de la classe Collins, dont le plus vieux, mis en service en 1996, atteint cette année l’âge canonique de 30 ans. Dans une zone indo-pacifique rendue brûlante par la montée en puissance de la marine chinoise, l’Australie aspire au déploiement permanent d’au moins un appareil sur chacune de ses façades maritimes.
En 2021, le projet est torpillé par le gouvernement travailliste, arrivé au pouvoir en 2018, ce dernier préférant des sous-marins nucléaires britanniques ou américains aux appareils français dans le cadre du nouveau partenariat Aukus, conclu avec Londres et Washington. Naval Group s’en tire avec 555 millions d’euros de compensation. Les États-Unis s’engagent à livrer trois sous-marins sur 15 ans, dont un neuf, et escomptent faire de l’Australie une base avancée de l’US Navy face à la marine de Xi Jinping, qui la dépasse désormais en tonnage.
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Problème : depuis 2004, les Américains ont pour objectif de construire 66 sous-marins Virginia le plus vite possible, au rythme de 2,5 appareils par an. Or, les chantiers navals américains peinent à livrer un seul engin annuel. La livraison à Canberra devient secondaire pour Washington, surtout depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. En février 2025, son secrétaire d’État à la Défense, Pete Hegseth, évoquait même l’idée de ne pas fournir d’appareils à l’Australie, mais d’y faire stationner à la place des sous-marins sous pavillon américain.
Dans un entretien accordé au Guardian en mars 2025, l’ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull avait torpillé le refus du « contrat du siècle » avec la France au profit des Américains et Britanniques. « Je pense que l’Amérique, sous le président Trump, est une alliée beaucoup moins fiable qu’elle ne l’était », avait-il lancé. Reste à voir si la Royal Australian Navy se contentera de trois appareils d’occasion, elle qui rêvait de remplacer ses antiquités par douze machines flambant neuves il y a dix ans.

