Lifou : le collectif durcit le ton face aux chefs

Depuis plus de trois mois, la situation à Lifou cristallise des tensions politiques, coutumières et économiques autour de la desserte aérienne. Ce lundi 1er juin, malgré les appels à lever les barrages, le comité de coordination coutumière Ne Drehu a décidé de poursuivre le blocage de l’aérodrome de Wanaham. Une décision lourde de sens, qui pose une question centrale : celle de l’autorité sur l’île.
Une mobilisation maintenue malgré l’avis des autorités coutumières
Réunis ce lundi 1er juin en fin d’après-midi, en présence d’une centaine de participants et avec les comités d’Ouvéa et de Maré en visioconférence, les membres du collectif ont affiché leur détermination. Par la voix de Victor Waminya, président du comité, le message est clair :
on maintient notre combat jusqu’au bout.
Cette position intervient dans un contexte particulier. La grande chefferie du Wetr avait officiellement demandé la levée des blocages, estimant que la situation ne pouvait plus durer. Les autorités coutumières, après concertation avec les chefferies de Lössi et Gaïca, ont évoqué une impasse et souligné l’absence de progrès significatif dans les discussions avec les autorités.
Elles pointent également des divergences dans la gestion du dossier. Le projet de protocole initial aurait été modifié, ce qui a contribué à créer des tensions entre les structures coutumières et les organisateurs du blocage. Cette situation met en évidence des désaccords internes sur la conduite du mouvement.
Une crise aux conséquences multiples pour l’île
Face à cette situation, les grandes chefferies ont alerté sur les conséquences sanitaires, économiques et sociales. L’absence de desserte aérienne régulière affecte directement les habitants, notamment les patients, les élèves et les acteurs économiques.
Dans leur communiqué, les autorités coutumières indiquent avoir obtenu plusieurs engagements du gouvernement, parmi lesquels un bilan de l’activité d’Air Calédonie, un renforcement des garanties pour les voyageurs, une amélioration de la politique tarifaire et la mise en place d’un comité de suivi.
Cependant, pour le collectif, ces avancées demeurent insuffisantes. La revendication principale reste le retour des vols à Magenta. Cette position prolonge une situation de blocage déjà installée.
Dans le même temps, la compagnie aérienne domestique a annoncé une reprise progressive des vols vers Lifou à partir du 3 juin, signe d’une volonté de rétablir la continuité territoriale. Le collectif affirme ne pas empêcher les avions d’atterrir, tout en indiquant qu’une reprise se ferait « à leurs risques et périls », ce qui témoigne d’un climat de tension.
Une crise révélatrice de tensions plus profondes
Au-delà de la question du transfert d’activité d’Air Calédonie vers Tontouta, la situation actuelle met en lumière des tensions entre différentes formes de légitimité.
D’un côté, les autorités coutumières cherchent à préserver l’équilibre social et à éviter une paralysie prolongée de l’île. De l’autre, le collectif maintient une ligne revendicative ferme, dans une logique de mobilisation.
Cette situation soulève plusieurs interrogations sur les modes de régulation et de décision au sein des îles Loyauté, ainsi que sur l’articulation entre structures coutumières et mouvements de contestation.
Sur le terrain, les discussions se poursuivent à Wanaham entre représentants coutumiers et membres du collectif. L’objectif est de clarifier les engagements du gouvernement, notamment concernant l’accompagnement de la population dans le cadre du transfert vers Tontouta.
Une chose apparaît néanmoins clairement : la crise de Lifou dépasse désormais la seule question de la desserte aérienne et s’inscrit dans un contexte plus large de tensions locales.
(Crédit photo : site internet iles loyauteexplorer)

