« Deux ans après, j'ai encore le cœur serré »

Ce 13 mai, j'ai travaillé comme tous les jours jusqu'à 17 heures. J'ai même remplacé au pied levé certains collègues qui habitaient le Mont-Dore et qui étaient partis plus tôt.
Je rentre à 17 heures au rond-point de Belle. Un petit feu de brousse. Un jeune avec un drapeau. « Pas peur que ça… », je me dis que ça passera, que les forces de l'ordre feront ce qu'il faut.
Notre soirée en famille se passe. Un peu sur les réseaux sociaux pour s'informer, mais sans plus. 19h30, je mets mon fils au lit. 21h, j'éteins tout.
Le réveil. 5h30. Un message de ma mère qui me demande : « Ça va, ma fille ? »
Et je me connecte. Et je vois tous ces messages de soutien. Je ne comprends pas.
Ma société avait été une des premières incendiées.
Je ne comprends pas. Et tout s'enchaîne.
Les « missions courses », c'était quelque chose.
Il m'a fallu deux semaines à réaliser que je n'avais plus de boulot. Puis le tour de mon conjoint. Ses fournisseurs brûlaient un par un.
Et une angoisse pour toute ma famille. Ma mère et ma sœur aînée habitent Rivière Salée. Un mois après les émeutes, mon fils a repris l'école — dieu merci elle n'avait pas brûlé — et je l'emmenais en tenue de travail parce que sinon, il ne voulait pas y aller.
Mais je rentrais chez moi.
Nous n'avons pas été menacés directement par des émeutiers. Nous n'avons pas été dans un quartier qui a subi. Mais aujourd'hui, nous sommes menacés par d'autres difficultés, économiques, administratives, lourdes.
Deux ans après, j'ai encore le cœur serré de ce que ma Calédonie est devenue.
Une habitante de Nouméa-Sud

