« Le 8 mai 2024, j'ai eu mon 13 mai »

Je suis sapeur-pompier volontaire depuis vingt ans sur la commune de Nouméa.
Le 8 mai 2024, dans le cadre de mes fonctions et suite aux ordres reçus en fin de journée, j'ai quitté mon poste quinze minutes plus tôt pour rentrer chez moi.
Ce jour-là, une marche avait lieu sur l'Ansévata. Alors que les participants regagnaient leur domicile en fin de journée — beaucoup de monde, drapeaux, plusieurs groupes qui marchaient — la police était totalement impassible. Bras croisés à côté de leur véhicule.
Je me suis dit : « Bon, s'ils sont comme ça, c'est que ça ne craint pas pour rentrer. »
Et bien non.
Dix mètres plus loin, devant un squat, ils ont arrêté leur voiture et sont tous descendus.
J'étais en deux-roues. J'ai esquivé ce que je pouvais. Les coups, les drapeaux sur bâton, les insultes — « bâtard, blanc crevé », et j'en passe. Ils ont essayé de me sortir de mon deux-roues pour me le voler. J'ai tenu bon.
Tout cela habillé en tenue de pompier. Bien sûr.
Puis les deux coups à la tête m'ont mis à terre.
Et tout cela lors de mon trajet de retour, après le travail.
Je ne sais pas qui m'a guidé jusqu'à chez moi — un ange gardien, ou moi-même. Mais j'ai réussi à rentrer. En sang.
Cette agression m'a laissé d'importants traumatismes — physiques (oreille interne enfoncée, traumas crâniens, sortie de corps par le choc) et psychologiques.
Mais le 10 mai, j'ai reçu un SMS d'urgence : il fallait venir en caserne. J'ai enfilé ma tenue, j'y suis retourné comme si rien ne s'était passé. Traumas, déni, résilience, engagement — je ne saurai jamais expliquer cela. J'ai fait passer la vie d'autrui avant la mienne. Le psy m'a dit que mon engagement avait été plus fort que moi-même.
Bref.
Depuis les faits, ma vie personnelle et professionnelle a profondément basculé.
Malgré les démarches engagées depuis près de deux ans, je me bats encore aujourd'hui pour faire reconnaître les conséquences réelles de cette agression. À ce jour, je suis en incapacité de travailler en raison des séquelles. La prise en charge reste insuffisante au regard des impacts sur ma santé et des difficultés quotidiennes auxquelles je fais face.
Après plus de deux décennies consacrées au service des autres en tant que pompier volontaire — tout en élevant mon enfant une semaine sur deux — je me retrouve aujourd'hui dans une situation humaine, médicale et administrative extrêmement difficile, avec le sentiment de devoir continuellement justifier ce que j'ai vécu et les conséquences durables que cela a entraînées.
Après avoir veillé sur la population de Nouméa pendant vingt ans, je vis cela comme une injustice, un abandon, un rejet. Une humiliation à devoir courir partout pour qu'on m'aide.
Je me retrouve incapable d'aligner cinq mètres en marchant sans chuter. Incapable, d'un coup, du jour au lendemain. Sans ressources. Sans travail. Sans reconnaissance.
L'incapacité de travail est toujours en cours de traitement par la CAFAT. Les démarches de reconnaissance et de prise en charge restent compliquées malgré le temps écoulé.
Cette situation a entraîné un fort impact personnel, professionnel et social.
Voilà, en gros, mon histoire. Même si ce n'en est que le quart. Parce que vos articles résonnent énormément en moi, je voulais juste vous en parler.
Et malheureusement pour moi, le cauchemar a commencé le 8 mai 2024 au soir. Soit-disant marche des jeunes pacifiste.
Depuis 2024, il n'y a plus aucune règle qui compte. Pour ma part, ils ont tout détruit.
Un sapeur-pompier volontaire de Nouméa

