« Partir, comme on s'arrache »

Le 13 mai 2024, je devais rentrer à Nouméa depuis la maison du Mont-Dore pour retrouver mon mari et mes deux enfants.
Ce jour-là, la route était bloquée.
Je me suis retrouvée isolée, seule avec mon chien, sans possibilité de rentrer, sans vraiment comprendre ce qui était en train de se passer.
Pendant trois semaines, j'ai vécu dans l'angoisse permanente. J'entendais les bombardements, les hélicoptères, les violences au loin. Sans savoir ce qui allait arriver, ni si quelqu'un allait venir jusqu'à chez moi.
Cette peur-là, je ne l'avais jamais ressentie auparavant. Une peur de guerre. Une peur que l'on ne pense jamais connaître sur un territoire français.
Puis il y a eu tout ce que la population calédonienne a traversé : les barrages, les pénuries dans les magasins, les difficultés de ravitaillement, les navettes mises en place, l'incertitude quotidienne et l'espoir, malgré tout, que la situation revienne rapidement à la normale.
Mais les jours sont devenus des semaines, puis des mois. Et aujourd'hui encore, deux ans après, la Nouvelle-Calédonie reste profondément marquée par cette crise.
Beaucoup de personnes sont parties. D'autres sont restées, mais avec de lourdes conséquences : pertes d'emploi, difficultés économiques, enfants empêchés de partir faire leurs études en métropole, familles fragilisées.
Pour ma part, cette crise a bouleversé toute notre vie.
Avec un enfant en situation de handicap, nous avons été contraints de quitter la Nouvelle-Calédonie pour partir métropole, alors même que nous avions acheté une maison à crédit sur le territoire. Nous avons dû la louer à perte, sans réelle aide des pouvoirs publics.
Il a aussi fallu organiser le rapatriement de notre chien. Gérer un départ précipité. Et subir un déracinement extrêmement violent.
Aujourd'hui encore, je garde des traces profondes de cette période.
J'ai des flashbacks, des angoisses, ce qu'on appelle un état de stress post-traumatique. Même en métropole, j'ai parfois l'impression d'être restée là-bas. Comme si tout se mélangeait encore dans ma tête.
Ce qui me frappe le plus, c'est le sentiment que beaucoup de personnes, loin de la Nouvelle-Calédonie, ne réalisent pas réellement ce que nous avons vécu. Avec le recul, j'ai encore du mal à comprendre comment une telle situation a pu arriver.
Malgré tout, je garde une pensée pleine d'espoir pour ce territoire que j'aime profondément. Je souhaite sincèrement que la paix revienne, que les blessures puissent se refermer, et que la Nouvelle-Calédonie retrouve enfin la sérénité.
Une Calédonienne du Mont-Dore, désormais en métropole

