« Le drapeau dans le sac »

Histoire du 13 mai. Mon fils était en stage dans une entreprise de la zone industrielle de Normandie. Ma fille au collège.
15h33. Mon téléphone sonne. La panique dans sa voix :
« Maman, y a le feu sur le rond-point du collège et y a des gens qui courent partout en criant ! »
Le collège qui appelle pour nous dire d'aller récupérer ma fille parce que ça pète de partout. Pas de voiture.
Mon père ne passe pas. J'appelle ma cousine qui habite pas loin, mais trop risqué pour elle.
Mon père qui arrive… pas le temps de toucher terre, mon chéri et mon père repartent en catastrophe.
Entre-temps, mon fils me rappelle pour me dire qu'il se barre du stage. Il était à vélo.
Mes enfants sont métis. Mon fils me dit :
« J'ai mon drapeau Kanaky dans mon sac. Je le mets sur mon dos et je trace. »
Du collège de Normandie au magasin du quartier. Cinq minutes à vélo.
Son retour m'a semblé durer deux heures.
Tous les soirs ensuite, avec la famille, on se relayait dans le garage pour surveiller l'entrée de chez nous. Il y avait des personnes âgées plus haut. Ma cousine toute seule chez elle, aussi.
Les enfants ne voulaient même plus rester en dehors de la maison.
Ma famille est métisse. Ce 13 mai, mon fils a sorti un drapeau de son sac — non pas pour militer, mais pour rentrer vivant.
C'est cela qu'on a vécu. Une mère qui ne peut pas aller chercher sa fille au collège parce que ça brûle. Un fils qui se protège avec un drapeau parce qu'il a peur. Une famille entière qui monte la garde dans son propre garage, la nuit.
Et des enfants qui n'osent plus sortir de chez eux.
Une mère de famille de Normandie

